DOC — LES GRINCHEUX
Le Berger, les Moutons et le Loup
Dans la vallée, vivait jadis un Berger,
Qui menait ses moutons sans jamais les juger.
Il veillait sur le pré, partageait la rosée,
Et marchait devant eux, fier de les protéger.
Mais le temps fit son œuvre, et l’homme, las d’aimer,
Trouva doux le pouvoir, son parfum argenté.
Il se fit un palais, loin du champ et du vent,
Laissant ses animaux sous l’œil de surveillants.
Le troupeau, rassuré, broutait sans se méfier,
Jusqu’au soir où le Loup vint rôder, affamé.
Le Berger, bien au chaud, comptait ses écus d’or,
Pendant qu’au fond du bois, le danger faisait corps.
« Ohé, cher Berger ! » cria la vieille Brebis,
« N’entends-tu donc plus rien de nos cris dans la nuit ?
Tu parlais d’héroïsme, de grandeur, de vertu,
Mais tu restes au logis quand le Loup est venu. »
Le Berger répondit, la voix pleine d’orgueil :
« Je veille à vos toisons, je protège votre seuil.
Si le Loup vous emporte, c’est la loi du plus fort,
À moi les bénéfices, à vous le triste sort. »
Mais la Brebis siffla à tout le troupeau las :
« Suivons ce Berger-là ? Il ne nous aime pas.
Mieux vaut risquer la dent que la tonte éternelle.
Fuyons ce faux pasteur, reprenons la ficelle ! »
Ainsi, par un matin, moutons et agnelets
Ont quitté leur Berger, délaissant les couplets.
Le Loup, fort dépité, ne trouva plus personne ;
Et le Berger, tout seul, vit sa fortune atone.
Moralité :
Qui veut être leader doit servir, non tondre.
Un troupeau qu’on méprise finit par se défendre.

