Vous savez, mes enfants, il fut un temps – et ce n’est pas de la nostalgie, mais un simple fait d’histoire – où être un leader, un chef, un responsable, relevait d’une vocation. On se levait pour son peuple, on portait le fardeau de leurs soucis, on se faisait le rempart contre l’adversité, parfois même on acceptait de tout perdre pour défendre ceux dont on avait la charge. Le chef était le premier levé, le dernier couché, celui qui montrait l’exemple, qui partageait la soupe et la misère, qui avançait devant quand le vent soufflait fort. Être leader, c’était un travail ; un sacerdoce, pas un titre.
Mais regardez donc ce que ce mot est devenu. Aujourd’hui, être leader, c’est souvent un privilège, une carte de membre pour un club réservé où l’on s’assied loin du peuple, au-dessus de lui, jamais avec lui. On a troqué le souci du bien commun pour le calcul du bénéfice personnel. Le peuple ? Une ressource, un outil, une clientèle, parfois même une troupe docile qu’on conduit vers l’abattoir en lui chantant des refrains sur la grandeur et la patrie. On ne guide plus, on exploite. On ne protège plus, on expose.
Ceux qui devraient être les bergers sont devenus, trop souvent, les loups. On utilise les hommes comme des moutons, ou pire, comme de la chair à canon, pour nourrir des ambitions qui n’engagent que ceux qui les rêvent. On ne meurt plus pour protéger les autres, on fait mourir les autres pour préserver ses privilèges. On n’inspire plus, on manipule. On n’enseigne plus, on asservit.
Voyez-vous, la vraie grandeur du pouvoir n’a jamais été dans la domination, mais dans le service. Être leader, c’était accepter de porter les peines de tous, de parler pour ceux qui n’ont pas de voix, de défendre même ceux qui ne vous aiment pas. Aujourd’hui, le pouvoir s’est retranché derrière des murs, des statuts, des mots creux et des privilèges honteux.
Mais souvenez-vous : une société qui laisse ses chefs oublier le sens du service finit toujours par se réveiller, un matin, sans bergers et sans troupeau. Juste une plaine vide, et le regret de ce qu’on a perdu.
Peut-être qu’un jour, ce sera de nouveau un honneur de servir, et non un privilège de s’enrichir. Peut-être… Mais cela ne dépend que de nous tous.

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